Auteur: Herve | Paru dans la Catégorie: Agriculture | Publié le 26-07-2010
Tags :Crise alimentaire, érosion des sols, Mythes et dogmes exposés, Penser différemment, Pratiques agricoles
Au travers de l’histoire, la richesse et santé des sols ont fait prospérer nations et empires, et leur épuisement précipité la perte de nombre de civilisations[1].
Depuis environ un siècle, l’homme est le témoin d’une tendance croissante à l’érosion des couches arables[2], tendance qui menace les bases même de nos sociétés complexes[3].
D’après David Pimentel, professeur d’écologie a Cornell, état de New York, «L’érosion des couches arables est le deuxième plus important défi auquel notre monde fait face, après l’augmentation de la population. Pourtant ce problème, bien que de plus en plus critique, reste ignoré»[4]. Pour sauver notre monde d’une probable catastrophe agricole, il faut dès à présent repenser notre gestion des sols en vue d’augmenter durablement leur fertilité.
J’ai déjà en partie expliqué dans des articles précédents comment de meilleures pratiques agricoles, notamment l’agriculture naturelle et la préservation des espaces verts peuvent contribuer à rendre les terres plus fertiles. Aujourd’hui je voudrais aborder le sujet des mauvaises herbes.
Le désherbage est un concept relativement neuf a l’échelle de l’humanité. On ne peut trouver que relativement peu de traces écrite référant aux mauvaises herbes en tant que problème avant 1200 ou même 1500 ap. J.-C. Le «problème» parait n’être réellement mis en lumière qu’à partir de la fin du XIXème siècle[5]. De fait, certaines des plantes sauvages que nous désignons péjorativement par le terme «mauvaise herbes» sont considérées par d’anciennes traditions comme nourriture, plantes compagnes ou même médicaments.
Professeur Cocannouer a enseigné la biologie et les techniques de préservation de l’environnement pour près de cinquante ans, et a toujours insisté pour se rendre sur le terrain et apprendre par lui-même de la nature. Et ce non seulement dans sa région natale dans l’Oklahoma ou il a beaucoup appris des indiens, mais aussi dans d’autre parties du mondes telles que l’Europe, l’Inde ou les Philippines.
Des recherches de sa vie sur les mauvaises herbes, il conclu que, quand contrôlées, les mauvaises herbes peuvent en fait être bénéfiques par les aspects suivants:
1. Les mauvaises herbes se nourrissent généralement dans les couches profondes du sol et ainsi ramènent à la surface les éléments nutritifs qui ont été emporté par l’eau. Cela est particulièrement important pour les éléments-traces qui ne sont généralement pas présent dans les engrais, mais peut aussi avoir des implications pour résoudre en partie les problèmes de pollutions par les nitrates. De plus, ces mauvaises herbes et les plantes à grain cultivées ne se nourrissent pas à la même profondeur dans le sol et donc ne sont pas en compétition excessive pour les éléments nutritifs et pour l’eau.
2. La force des racines des mauvaises herbes est capable de briser les croûtes intermédiaires entre les couches arables et le sous-sol. Ces croûtes, qui se forment parfois a cause du labourage et du tassement de la terre qui s’ensuit à la limite de là ou la charrue pénètre, isolent les terres arables du sous-sol, ce qui peux conduire a l’appauvrissement des couches arables ou a l’accumulation de sels toxiques ou alcalins dans celles-ci. Dans ce contexte, les «mauvaises» herbes peuvent avoir un rôle très important de restauration écologique.
3. Les «mauvaises» herbes ouvrent aussi la terre et augmentent la quantité de fibres qui s’y trouvent. En ouvrant la terre, elles facilitent le passage aux racines généralement plus faibles des plantes cultivées qui peuvent alors pénétrer plus en avant dans le sol. Sans cette structure fibreuse, les particules de terre se tassent, forment des mottes dures, ne laissent pas passer suffisamment d’oxygène et asphyxient les racines. Eventuellement, l’eau a du mal à passer aussi, et le sol devient déséquilibré et peu fertile.
4. Les racines des «mauvaises» herbes augmentent la quantité de matière organique dans le sol, et quand elles meurent elles sont alors mangées par une multitude me micro-organismes, insectes, vers et champignons, qui les transforment petit à petit en terre fertile. On pourrait presque parler de micro-fumier.
5. Ces mauvaises herbes aux racines profondes engendrent une montée de l’eau souterraine par capillarité le long de leurs racines. Cette eau devient alors immédiatement disponible pour les autres plantes. En ramenant cette eau qui s’était échappée depuis le sous sol, les mauvaises herbes contribuent à maintenir l’humidité du sol et aideront les autres plantes aux périodes les plus sèches de l’année.
6. Les mauvaises herbes et leurs graines sont une nourriture importante pour de nombreux oiseaux. Attirer les oiseaux est une bonne chose car leur crottes servent d’engrais de bonne qualité – et gratuit. Certain des oiseaux en profiteront pour grignoter au passage quelques insectes et aider à contrôler leur population.
7. Certaines mauvaises herbes forment un tapis protecteur et protègent ainsi le sol de l’exposition directe aux rayons du soleil, contribuant à maintenir une certaine humidité ambiante et servant d’abris pour certain animaux (par exemples les grenouilles si une marre n’est pas trop loin. Attirer les grenouilles hors de leur étang est utile parce qu’elles se nourrissent d’insectes).
Ceci dit, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Prendre une terre désolée et essayer de la restaurer seulement avec des mauvaises herbes ne peut que mener a une déception. Lorsqu’elles sont correctement utilisées, les mauvaises herbes vont faire du bon travail de structure et restauration du sol, mais elles ne font pas de magie.
Tout l’art est de trouver le bon équilibre dans le désherbage: ni complètement éradiquées, ni laissées libre de se reproduire sans contrôle. Si les mauvaises herbes deviennent envahissantes, leur racines ne parviendront pas à se développer correctement et à atteindre les profondeurs requises pour être vraiment utiles, et étoufferont les autres plantes. De plus, pour pouvoir remplir leur potentiel et rendre disponibles les éléments nutritifs qu’elles remontent à la surface, les mauvaises herbes doivent être retournées a la terre après qu’elles aient flétri (en les enterrant par exemple).
Joseph Cocannouer mentionne un certain nombre de mauvaises herbes qui sont particulièrement intéressantes:
Cette liste incomplète continue dans le livre Weeds, guardians of the soil (en anglais).
A l’évidence, cette approche n’en est qu’à ses tout débuts. Professeur Cocannouer fut un pionnier, mais son travail ne fut pas vraiment repris, du moins à ma connaissance. Les mauvaises herbes ont droit à un meilleur traitement que celui qu’on leur réserve normalement, mais une bonne dose d’expérimentation est encore nécessaire pour qu’elles réalisent leur plein potentiel.
Si vous avez déjà expérimenté avec les mauvaises herbes, faites profiter la communauté de votre expérience en ajoutant un commentaire ci-dessous. Nous serons heureux de bénéficier de votre aide.
Tags: Crise alimentaire, érosion des sols, Mythes et dogmes exposés, Penser différemment, Pratiques agricolesSources
[1] Dirt: The Erosion of Civilizations[2] Global Survey of Human-Induced Soil Degradation http://www.fao.org/nr/land/information-resources/glasod/en/
[3] telegraph.co.uk: La grande Bretagne face a une crise alimentaire majeure alors que les terres arables menacent de disparaitre d’ici 60 ans http://goo.gl/Yx2O (lien en anglais)
[4] Cornell University: L’érosion lente et insidieuse des sols menacent la santé et le bien-être de l’humanité http://www.news.cornell.edu/stories/march06/soil.erosion.threat.ssl.html (lien en anglais)
[5] F. L. Timmons, Weed Science Society of America, Volume 53, Issue 6 (November-December 2005) http://goo.gl/86Ip

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